« Doser les écrans en famille » : un livre qui aide les parents à gérer les écrans

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Les chiffres sont effrayants : une étude menée en 2015 par Santé publique France révélait que les 15-17 ans consacraient en moyenne 5 heures 24 minutes par jour aux écrans ! Les smartphones sont largement concernés. Face à cette tendance lourde et aux dangers qu'elle comporte (manque de sommeil, décrochage scolaire notamment), de plus en plus de parents prennent des initiatives. Le livre « Doser les écrans en famille » leur sera d’une aide très précieuse ! Détails et rencontre avec ses auteurs.

"Doser les écrans en famille" est à lire pour plusieurs raisons. D’abord, cet ouvrage est très bien documenté et nous livre les résultats de nombreuses études scientifiques notamment. Dans la première partie, les auteurs expliquent les méfaits d’un excès d’écrans sur la santé, des chiffres sont cités en se basant sur des études très sérieuses.

De plus ce livre va aux origines de la dépendance aux écrans : qu’est ce qui peut l’expliquer ? Il est alors surprenant d’apprendre que nous ne sommes pas tous égaux face à la dépendance. Chacun a une vulnérabilité différente en fonction du contexte (notamment environnement familial, évènements de vie), de son tempérament, de sa capacité de régulation émotionnelle...

Livre Doser les écrans

Ensuite ce livre se présente comme une boite à outils, qui donne des conseils concrets qui s’avèrent très efficaces ! J’ai ainsi trouvé que l’idée d’impliquer davantage les enfants dans le quotidien (préparer le repas, mettre la table…) est tout à fait pertinente. En les reconnectant à la réalité on les déconnecte plus facilement du virtuel.

Enfin, il délivre un message très positif. A plusieurs reprises il est indiqué que les effets néfastes de cette addiction sont réversibles et qu’il faut dédramatiser.

J’ai voulu en savoir plus sur cet ouvrage en interviewant ses auteurs.

Entretien avec Isabelle Frenay (journaliste santé et sophrologue) et Bernard Antoine (addictologue et tabacologue).

Isabelle F Bernard A

Pourquoi avez-vous écrit ce livre ?

Nous avons souhaité répondre à une inquiétude prégnante de la part des parents en donnant des clés de compréhension et d’informations tout en soulignant qu’il nous paraissait important d’être prudent avec le terme « addiction », très fort. Il est préférable de recourir au terme de « dépendance ».

Nous sommes attachés au sujet de la prévention santé et nous avons constaté, dans l’accompagnement de nos patients au quotidien, qu’un trop grand usage des écrans a un fort impact sur la santé en détériorant le sommeil et la concentration, qui sont des champs d’intervention forts de la sophrologie. Nous nous sommes donc attaqués à un enjeu de santé public. Chez les enfants de 3-4 ans trop de temps devant les écrans peut générer des comportements de types autistiques. On sait aujourd’hui que l’enfant a besoin d’être en relation avec l’autre, de bouger, jouer…de tout ce qui nécessite un échange verbal, un regard. Si on le prive de ce que Boris Cyrulnik appelle la « niche sensorielle » sa santé est menacée.

Par ailleurs les écrans destructurent le quotidien des familles en réduisant les échanges.

 

En utilisant le terme "en famille" dans le titre avez-vous voulu souligner que doser les écrans est une action concertée ?

Oui les parents doivent analyser leur propre comportement car le mimétisme est important chez les enfants. Avec un parent qui se réfugie beaucoup dans les écrans, se développent les modèles familiaux nommés par une chercheuse américaine « seuls ensemble ». Il est donc essentiel de prendre conscience de notre dépendance. Il est également important d’agir de concert lorsqu’on est en couple et de se mettre d’accord si les parents sont séparés. Ensuite il est important d’expliquer les règles aux enfants et pourquoi ils ne doivent pas, par exemple, utiliser des écrans avant de dormir. Il y a des raisons scientifiques à cela.

Enfin, s’informer sur le monde  numérique est essentiel pour collaborer avec nos enfants et prendre le sujet à bras le corps en famille. En tant que parent il est important de ne pas se laisser dépasser par les nouvelles applications, qui apparaissent sans cesse.

 

La communication non violente est-elle la clé avec les ados ?

Le cerveau n’atteint sa maturité qu’à 25 ans. L’impulsivité chez les ados est donc normale et correspond à une incapacité à réguler leurs émotions. Il est alors essentiel de ne pas déserter et d’être curieux sur ce qui les intéresse, ce qu’ils font. C’est essentiel pour maintenir le lien. Les outils de la communication non violente permettent de poser des questions ouvertes (« que fais-tu ? » « qu’est-ce qui t’intéresse ? » « quel est ce réseau social ?).

Tout en instaurant un cadre et des règles, en énonçant leurs propres besoins, les parents doivent apporter un cadre bienveillant à leurs enfants. C’est la force de la communication non violente.

 

Pouvez-vous décrire la Méthode e-DECLIC, qui permet de réguler l’utilisation des écrans en famille ?

Nous avons construit cette méthode ensemble et nous l’avons alimenté avec toutes nos idées et expertises respectives. DECLIC pour Décrypter un comportement, Equilibrer les temps d’écrans, Créer des activités nouvelles, Lâcher ses habitudes, Instaurer des temps de méditation et Conserver le lien.

Comprendre pour quelles raisons on passe beaucoup de temps sur les écrans (ennui, contrariété, tristesse,…) permet de déprogrammer les attitudes négatives qui se répètent. Dans de nombreuses situations c’est devenu un réflexe conditionné pavlovien. Dans notre méthode nous nous appuyons d’ailleurs sur les méthodes des TCC (Thérapies cognito-comportementales) pour déprogrammer les comportements addictifs.

La digital détox exige de s’ouvrir au monde et de développer la créativité. Il ne faut pas seulement énoncer des règles mais il faut aussi qu’il y ait du plaisir à la clé avec des activités communes en famille selon les goûts de chacun.

La Méditation proposée par notre méthode peut être réalisée sur des temps courts. Pour retrouver un espace de liberté et prendre du recul. Cela fait travailler le discernement et gagner en autonomie. Cela permet des temps de pause à une époque où les familles ont des plannings surchargés. Si on se laisse emporter dans une situation stressante, on peut s’isoler 3 minutes pour ensuite aller voir l’enfant et lui dire ce qu’on attend de lui. C’est un apprentissage continu.

Au final c’est notre liberté qui est en jeu et avoir des clés de compréhension permet de gagner cette liberté.

 

Si vous ne deviez donner que deux conseils essentiels aux familles, quels seraient-ils ?

La préconisation première sur le plan de la santé publique est de placer les écrans en dehors de la chambre à coucher. Les ados souffrent, en effet, d’une réelle carence de sommeil, ce qui est dommageable pour la construction de leur cerveau. Toute la famille peut s’engager à poser son téléphone dès 21h-22h dans le salon.

Les repas également doivent se tenir sans écrans, pour profiter pleinement des moments en famille, discuter, savourer son repas.

Il faut remettre du temps dédié et se concentrer sur une seule chose à la fois. L’écran est aujourd’hui partout.

 

En savoir plus

Vous pouvez suivre les auteurs du livre sur Facebook, @doserlesecransenfamille (https://www.facebook.com/doserlesecransenfamille/)  pour trouver notamment d’autres informations (articles, vidéos,…).

Vous pouvez aussi consulter le site ( https://www.levelesyeux.com/), collectif  créé par deux français pour inciter chacun à lever les yeux de ses écrans. Il a développé un Label certifiant les lieux où les personnes sont invitées à se déconnecter pour profiter du moment présent !