Entretien avec l’animatrice Églantine Éméyé en lien avec le film en salles "Hors-Normes"

E.Emeye

 

Le film « Hors Normes », qui est encore dans les salles, traite magnifiquement du sujet de l’autisme. En dépit de la gravité du thème abordé, car c’est de l’autisme lourd dont il est question, ce film est lumineux. Il a d’ailleurs rencontré un beau succès et a enregistré plus d’un million d'entrées.  Ce film m’a donné l’occasion d’un entretien avec la journaliste-animatrice Églantine Éméyé, qui a consacré un documentaire  à son fils autiste, Samy, en 2014. 

Film   

« Hors-Normes » repose sur des personnages réels en reprenant le combat quotidien mené par Stéphane Benhamou et Daoud Tatou. Ils sont interprétés respectivement par Vincel Cassel et Reda Kateb, tous deux d’un naturel époustouflant.

Le combat de ces héros du quotidien commence en 2010 quand ils sont amenés à prendre en charge un enfant autiste de 8 ans qui ne bénéficie que d’un accueil de jour. Or sa mère, qui vient d’accoucher, ne peut s’en occuper la nuit. L’enfant sera alors accueilli dans un appartement loué. 44 enfants bénéficient aujourd’hui d’un accueil de ce type. Ils sont ainsi pleinement intégrés dans notre société, du moins par l’habitat, sans être relégués hors de notre vue, à l’hôpital.

Un film exemplaire à plusieurs titres

Ce film fait découvrir une autre facette de l’autisme que celle décrite dans des films comme “Rain Man” ou, plus récemment, « Le monde de Nathan ». Ici ce n’est pas le syndrome d’Asperger qui est abordé mais un autisme plus lourd : les jeunes ne parlent pas ou très peu, font des crises, peuvent être violents.

Le sujet n’est vraiment pas cinégénique et pourtant  j’ai perçu « Hors-Normes » comme un « feel good moovie » : il donne la pêche car il véhicule des valeurs humaines et positives très fortes : l’entraide, l’acceptation de l’autre et de toutes ses différences. C’est là le vrai talent des deux réalisateurs, Olivier Nakache et Eric Toledano : sublimer le réel.

Un autre aspect est très intéressant dans le film, qui fait se rejoindre deux populations de jeunes exclues de notre société pour des raisons différentes : les premières par leur handicap et les secondes par leur origine sociale. Les jeunes éducateurs viennent, en effet, de quartiers difficiles. L’association qui les recrute, dirigée par Daoud Tatou leur offre un rôle crucial à jouer en aidant ces jeunes handicapés et leurs familles. En même temps, ce rôle permet aux éducateurs de s’intégrer dans la société, d’obtenir une formation qualifiante, de respecter des règles, des horaires, d'améliorer leur expression orale et écrite. 

Enfin si des signes religieux (voiles, kippas notamment) sont visibles dans le film, ils sont transcendés pour aller à l’essentiel : trouver chaque jour des solutions pour aider ces jeunes, les faire sortir, leur faire pratiquer des activités et soulager les familles. Les deux héros, l’un juif et l’autre musulman, tous deux pratiquants, s’appuient l’un sur l’autre pour mener leur mission.  Le film présente une nouvelle fois comment les différences peuvent être complètement dépassées.

 « Hors-Normes » m’a fait penser au documentaire réalisé par Églantine Éméyé en 2014. Tous deux montrent bien comment les parents sont livrés à eux-mêmes face au handicap. Ils se débrouillent comme ils le peuvent. C’est pourquoi des associations comme celles du film, même si elles ne rentrent pas dans le moule et  ne se conformes pas aux standards réglementaires, les aident et les soulagent énormément au quotidien.

Entretien avec Églantine Éméyé, journaliste-animatrice et maman de Samy, 14 ans.

Qu’avez-vous pensé du film « Hors Normes » ?

Je l’ai trouvé très réaliste et j’ai eu l’impression de regarder un documentaire. Pendant tout le film on suit le quotidien de Vincent Cassel, entre débrouille, bons sens, entraide.

On voit bien que dans ces structures qui aident les handicapés il y a un manque de personnel très fort. Les jeunes issus des quartiers apportent de la vie et de l’énergie.

Comment va votre fils, Samy ?

Samy, qui a aujourd’hui 14 ans, vit toujours dans un hôpital dans le Sud de la France. Il est donc loin de moi et c’est très dur.  Mais je n’ai pas eu le choix. Le manque de structures pour accueillir des enfants lourdement handicapés est énorme.

Samy reçoit des soins et fait moins de crises. Néanmoins l’hôpital n’est pas un lieu de vie. Etre à plusieurs dans une chambre n’est pas toujours confortable. Mais au moins, Samy peut recevoir tous ses soins sur place sans avoir à aller d’un spécialiste à l’autre, ce qui était pour lui source de stress.

Vous avez créé l’association « Un pas vers la vie » en 2008 : Quel bilan aujourd’hui ?

J’ai créé cette association pour favoriser l’inclusion dans notre société des enfants confrontés à l’autisme.

Nous avons développé une maison de répit, « Belle Etoile », qui se trouve dans le Var. Elle accueille des enfants autistes de 6 à 20 ans. C’est un vrai lieu de vie, avec des espaces collectifs, un jardin et des chambres doubles et individuelles pour accueillir les enfants. Le personnel est formé à avoir une approche pragmatique. Pour rendre cet espace chaleureux des couleurs vives et chatoyantes ont été choisi. Mais malheureusement, faute de moyens suffisants, nous ne pouvons proposer que des courts séjours (de 2 à 90 jours).

Pour 2021 nous souhaitons ouvrir une Maison d’Accueil et d'Apprentissage près de Montpellier pour offrir les meilleures conditions d'apprentissage à des enfants handicapés de 2 à 20 ans. Ce serait aussi un lieu de répit pour les familles. L’objectif est, une nouvelle fois, de créer un cadre de vie chaleureux, le plus proche possible d’un environnement familial. Cet espace comprendra également des infrastructures et des salles individuelles et collectives prévues pour un apprentissage adapté.

Mais, encore une fois, la question du financement est cruciale. CNP Assurances, que nous remercions chaleureusement, est notre premier partenaire et nous en cherchons d’autres.

Pour finir quels conseils donneriez-vous à tout parent d’enfant handicapé ?

S’entourer est vraiment essentiel. Demander de l’aide peut faire peur mais cela permet d’accéder à des informations et de pouvoir affronter les multiples difficultés. S’occuper de soi en tant que parent est aussi très important !

Aller plus loin

Pour soutenir le beau projet qu’est la Maison d’Apprentissage, vous pouvez aller sur le site de l’association créée par Églantine Éméyé au lien suivant : https://www.unpasverslavie.fr/