Savoir repérer et gérer les troubles Dys pour mieux accompagner vos enfants

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Les parents sont de plus sensibilisés aux troubles Dys et ceux-ci sont détectés de plus en plus tôt. Néanmoins, les apprentissages restent difficiles et les liens avec l’école souvent très compliqués. Moi-même, maman d’un ado de 15 ans dyspraxique, je connais bien les efforts à déployer, en tant que parent. Je vous présente ici quelques informations utiles puis un entretien avec Odile Gillet, qui a écrit plusieurs livres sur la dyslexie, et qui nous livre quelques conseils.

Quels sont les troubles Dys ?

Les troubles Dys sont des troubles du développement qui affectent les apprentissages. En France, 6 à 8% de la population serait concernée mais aucune étude sérieuse n’a réellement été effectuée sur le sujet. Plusieurs catégories de troubles Dys existent :

-la dyslexie, trouble de l'apprentissage de la lecture, est le plus connu du grand-public,

-la dysorthographie est trouble de l'apprentissage de l'orthographe,

-la dysgraphie est un trouble du geste d'écriture,

-la dyspraxie est un trouble spécifique du développement moteur et/ou des fonctions visuo-spatiales.

-la dysphasie, un trouble du développement du langage

- la dyscalculie : troubles spécifiques des activités numériques.

-et tous les troubles des fonctions exécutives, comme les troubles de l'attention, avec ou sans hyperactivité.

On estime que 4 à 5 % des élèves d’une classe d’âge sont dyslexiques, 3 % sont dyspraxiques, et 2 % sont dysphasiques.

Pour l'Organisation Mondiale de la Santé (l'O.M.S.), les Dys sont reconnus comme handicapés.

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Repérer les troubles : une étape essentielle

Repérer ces troubles le plus rapidement possible chez l’enfant est essentiel car cela permettra de trouver l’origine de ses difficultés de l’enfant et de mettre en place des mesures pour l’aider, notamment au sein de l’école.

La collaboration avec l’école est essentielle pour le repérage de ces troubles. Si je considère mon expérience personnelle, c’est grâce à la vigilance d’une maîtresse en maternelle que la dyspraxie de mon fils a pu être détectée. De façon générale, les enfants présentant des troubles Dys sont souvent repérés lors de leur entrée en maternelle (notamment pour le langage oral ou le geste) ou en primaire (notamment pour le langage écrit).

Ces troubles, d’ordre neurologique, ne peuvent être soignés et ne disparaîtront donc jamais. Ils sont plus ou moins importants et des dispositifs peuvent être mis en place pour aider, accompagner l’enfant et lui permettre de les compenser. Ainsi recourir à des professionnels comme des orthophonistes, psychomotriciens, neuropsychologue ou ergothérapeutes est très souvent indispensable.

Pour cela un bilan pluridisciplinaire, qui permettra de cerner la nature et l’ampleur du (ou des) trouble(s), s’impose. Ce bilan sera à réaliser dans un centre référent pour les troubles du langage et de l’apprentissage (Garches en région parisienne par exemple). Un entretien avec un neuro-pédiatre puis un autre spécialiste tel qu’un ergothérapeute seront menés si nécessaire.

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Et la scolarité dans tout ça ?

Comme indiqué plus haut, ce sont des difficultés scolaires importantes qui peuvent alerter le parent très tôt, dès la maternelle, des troubles dys. La grande difficulté est que, bien souvent, ces troubles ont un impact sur le comportement de l’enfant : rejet de l’école, anxiété, agitation,…

Les enfants non détectés ou qui le sont tardivement, vivent malheureusement très mal leur scolarité, source de nombreuses souffrances. Un risque de décrochage scolaire réel existe. Il est donc essentiel que les parents s’arment de courage pour avoir un rapport étroit avec l’école et mettent en place des mesures d’accompagner de l’enfant pour le soulager dans le cadre scolaire.

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L'Education Nationale reconnaît ces troubles comme des handicaps invisibles.  Cette reconnaissance est essentielle car elle permet aux enfants de bénéficier d’aménagements au sein de l’école, ce qui leur permet d’atténuer leurs difficultés quotidiennes.

La loi du 11 février 2005 stipule que tout enfant reconnu en situation de handicap doit être le plus longtemps possible intégré en milieu ordinaire.

Le plan d'accompagnement personnalisé (Pap) s'adresse aux élèves du premier comme du second degré atteints de troubles de l'apprentissage. Il énumère les aménagements pédagogiques nécessaires (allégement des devoirs, photocopie des cours, utilisation d'un ordinateur personnel, temps supplémentaire lors des contrôles, etc.) pour que le jeune puisse suivre sa scolarité en fonction de ses difficultés particulières

Il est essentiel pour que le jeune puisse bénéficier par exemple d’un tiers temps supplémentaire lors des épreuves du bac.

Le Pap, révisé tous les ans, est mis en place sur proposition de l'établissement scolaire ou à la demande de la famille. Le chef d'établissement élabore le Pap avec l'équipe éducative, en y associant les parents ainsi que les professionnels concernés.

C'est à un médecin (scolaire ou médecin traitant de l'enfant) de se prononcer sur l'existence d'un trouble de l'apprentissage et sur la nécessité de mettre en place un Pap. C’est très utile à savoir si vous estimez que l’équipe éducative n’est pas compréhensive face aux difficultés de votre enfant.

Mais une fois l’accompagnement mis en  place, alors les difficultés perdurent, même si elles sont amoindries.

L’enfant va donc avoir très souvent, des résultats scolaires qui ne sont pas en adéquation avec son intelligence ou des problèmes de comportement. Ces derniers sont parfois assimilés  à de la paresse ou à de l’absence de motivation de la part des enseignants alors qu’il s’agit en fait d’un trouble neurologique non révélé.

Il est très important pour les parents de communiquer, chercher de l’information et d’échanger pour surmonter plus facilement les obstacles.

QUESTIONS A…

Odile Golliet a écrit plusieurs ouvrages sur la dyslexie, dont « La dyslexie, prise en charge à l'école et à la maison » et « L'anglais pour les dyslexiques ». Maman de six enfants, elle a été sensibilisée aux troubles Dys pour accompagner un de ses fils, dyslexique. Elle pratique l'orthopédagogie et est conceptrice d’English Phonopass, un outil conçu pour l’apprentissage de l’anglais. Elle propose également des stages d’anglais.

Photo Odile Golliet

Quels conseils donner aux parents pour qu'ils accompagnent au mieux leurs enfants présentant des troubles Dys ?

Je vais d’abord donner des conseils très simples, qui sont souvent oubliés. Se rendre disponible pour accompagner l'enfant est essentiel, et une présence dès sa sortie d'école est l’idéal. Une hygiène scolaire et familiale rigoureuse, sur le plan de la nourriture et du sommeil notamment, lui permettra également d’évoluer dans un cadre rassurant. Par ailleurs, les excès d’écrans sont nuisibles au développement de l’enfant. Sortir, faire du sport, pratiquer des activités culturelles et voyager sont des éléments clés pour son équilibre et son développement psychomoteur.

Finalement ces conseils peuvent s’appliquer à toutes les familles…

Effectivement, ces conseils relèvent du bon sens et bien souvent les fondamentaux sont malheureusement oubliés ! De façon générale, et sans forcément m’attacher seulement aux enfants présentant des troubles Dys, il est important que les enfants soient ancrés dans le quotidien pour qu’ils développent leur corporalité, c’est-à-dire le repérage dans l’espace-temps. La « pince », mouvement qu’on réalise lorsqu’on sert son crayon par exemple, est à travailler dès le plus jeune âge. On peut ainsi donner aux enfants des perles à enfiler, des crayons de couleurs à tenir, leur proposer d’aller chercher des petites bêtes dans la terre….

Effectuer des activités quotidiennes basiques telles que faire les courses, le ménage, les ancrent dans la réalité. Ces activités permettent, encore une fois, à l’enfant d’utiliser son corps : faire un lit, enfiler une taie d’oreiller… Les enfants sont aujourd’hui trop tournés vers la technologie et vivent assez peu des choses simples et naturelles au quotidien. Cela donne un développement psychomoteur incomplet.

Enfin, lire une histoire à son enfant tous les soirs est très important car cela lui permet notamment de consolider son stock lexical, qui correspond à la quantité de mots qu’il faut connaître pour s’exprimer et entrer en communication avec les autres.

Les jeunes qui présentent des troubles Dys ont du mal à se constituer un capital de mots et il est très important de lire avec eux jusqu’à un âge avancé. Cela leur permet d’engranger des mots, des connaissances. Ce moment de lecture partagé est, pour les plus jeunes, un moment d’affection, très important pour consolider les liens familiaux.

Les méthodes d’apprentissage à l’école sont-elles adaptées aux enfants ayant un trouble Dys ?

L’apprentissage à l’école est trop tourné vers l’audiovisuel. Il faut inciter les enfants à pratiquer de nombreuses activités avec leur corps, en particulier leurs mains, et proposer des activités autour de la nature. Ces techniques sont reprises dans les écoles Montessori par exemple, qui ont bien compris que l’apprentissage passe par le corps. Au début de mes stages d’anglais je veille d’ailleurs toujours à ce que les jeunes bougent, crient, rigolent, ...avant de commencer les apprentissages.

Ces jeunes ont souvent un grand manque de confiance en eux. Comment les aider au mieux dans les apprentissages face aux nombreuses difficultés ?

En les rassurant en permanence, en leur disant « je te fais confiance » en faisant alliance avec eux. On ne dit pas « tu te trompes » ou « c’est faux » mais plutôt « c’est intéressant ». Toujours être dans le positif, complimenter. Il faut avant tout leur montrer notre intérêt de parent. Pour les plus jeunes leur procurer une récompense juste après l’effort fourni sera source de motivation. Toujours apprendre avec plaisir et par le jeu. Néanmoins le parent n’est pas  un copain et doit poser des règles claires et précises. Je vois trop de parents souvent indécis. Ce n’est pas de l’autoritarisme ni de l’exigence mais un souci de rigueur. Cela pour le bien d’enfants déjà angoissés par les difficultés rencontrées au quotidien.

Pour en savoir plus

Vous trouverez de nombreuses informations et contacts sur divers sites, qui sont très utiles aux parents.

Ainsi https://www.apedys.org est très bien structuré, et constitue vraiment une mine d’informations très utiles, notamment sur les aménagements à mettre en place tout au long de la scolarité. Il est néanmoins davantage orienté vers la dyslexie.

http://www.ffdys.com/troubles-dys  quant à lui informera sur tous les troubles dys, leurs manifestations. Il est donc plus général et permet aux parents de mieux comprendre et cerner ces troubles.

Sur la dyspraxie plus particulièrement, l’association Dyspraxique mais fantastique (DMF) organise des réunions par région. https://www.dyspraxie.info/. Essentiellement pour les personnes qui souffrent de dyspraxie, cette association est ouverte aux autres formes de troubles DYS et aux troubles associés comme le trouble de l’attention avec ou sans hyperactivité, voire aux troubles du spectre autistique. Voir l’interview de Marianne Deletang, sa présidente.