Ces applis anti-gaspillage qui cartonnent

Photo anti gaspillage

De nouvelles applications se sont lancées sur le créneau du gaspillage alimentaire. Elles sont boostées par une prise de conscience au niveau national avec notamment l’instauration de la Journée de lutte contre le gaspillage alimentaire (le 16 octobre). L’utilisation de ces applis permet non seulement d’avoir un comportement éco-responsable mais également de réaliser des économies intéressantes. Petit tour d’horizon et entretien avec l’une d’entre elles.

De terribles chiffres 

Le gaspillage alimentaire est une réalité alarmante en France et dans le monde. Selon l'ONU, environ un tiers des ressources de l'agriculture mondiale est jeté alors qu'une personne sur huit meurt de faim ! Sur notre territoire, chacun de nous jette 20 kg d’aliments par an, dont 7 kg sont encore emballés !  Non seulement il est indécent qu’autant de nourriture soit jeté, mais cela  a aussi un impact sur l’environnement. Selon l'Ademe (Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie), l’alimentation représente entre 20 et 50 % de l’empreinte environnementale des Français.  

Autre aspect du gaspillage : la nourriture jetée représente un coût global de 100 à 160 euros par an et par personne. On comprend ainsi facilement les économies qu’il est possible de réaliser en changeant simplement ses habitudes et en ayant de bons réflexes. Depuis quelques années des applications anti-gaspillage ont vu le jour en France et leur succès ne se dément pas.

Applis

Leur essor est favorisé par une prise de conscience des autorités. Depuis 2016, en effet, la loi Garot oblige les supermarchés de plus de  400 mètres carrés à signer des conventions avec des associations pour leur donner les invendus. Chacun, à son petit niveau, peut devenir acteur de ce changement. Certaines barrières psychologiques sont toutefois à dépasser : il faut notamment comprendre que les produits proposés par ces applis ne sont pas réservés aux personnes dans le besoin. Chaque citoyen souhaitant lutter contre le gaspillage tout en réalisant des économies sur son budget nourriture peut y recourir.

Des nuances entre chaque appli

L’une des applis les plus connues est « OptiMiam », lancée en 2014. Elle propose aux commerçants (restaurants, cafés, boulangeries, supermarchés…) de vendre quotidiennement des produits, dont la date limite de consommation est proche à un prix réduit. Les utilisateurs de l'application sont informés via leur smartphone des promos flashs pouvant aller jusqu'à 60%. Brioche Dorée, Carrefour ou Subway font partie des enseignes partenaires de cette application. L’inconvénient est qu’Optimiam est surtout accessible à Paris et assez peu dans certaines villes de la région parisienne (très peu dans ma ville des Hauts de Seine par exemple !).

L’appli « Zéro-Gâchis » liste, elle, les supermarchés à proximité de l’utilisateur qui vendent les produits presque périmés à des prix très attractifs.

Quant à « Checkfood », elle permet de scanner les produits qu’on achète et d’entrer la date de péremption. Des rappels sont ensuite envoyés au consommateur sur ces dates.

Une application particulièrement astucieuse se nomme « Partage ton frigo ». Elle permet lorsqu’on part en vacances ou en week-end, de donner les aliments au lieu de les jeter.

Quant à «  FrigoMagic », elle propose des recettes à réaliser avec les produits disponibles dans le réfrigérateur.

Une des dernières appli, « Too Good to Go » (« Trop bon pour être jeté »), connaît une ascension fulgurante. Lancée en 2016 en France, elle intervient sur le même créneau qu’OptiMiam.  J’ai choisi de vous la présenter plus en détails car son fonctionnement est très simple et elle propose des commerçants juste à côté de chez moi !

Too Good to goSource : Too Good to Go

Consommer malin et éco-responsable

« Too Good to Go » met en relation les commerçants qui disposent d'invendus avec des  consommateurs qui souhaitent lutter contre le gaspillage alimentaire tout en bénéficiant de prix réduits. Cette application mobile est présente sur l’ensemble du territoire : dans la majorité des grandes villes françaises et même dans certains petits villages. En la téléchargeant j’ai, en effet, constaté que plusieurs commerces près de chez moi étaient partenaires de cette appli. Ce qui n’est pas toujours le cas. C’est donc un très bon point !  Je peux ainsi récupérer des paniers de viennoiseries ou de fruits et légumes à des prix cassés. Ainsi la fourchette large s’établit entre 2 et 4 euros, pour un prix de base compris entre 10 et 15 euros, à payer  directement via l'application et non pas en magasin.

Tous les types de commerces sont concernés : boulangeries, pâtisseries, primeurs, supermarchés, des hôtels également. On peut ainsi récupérer des fins de buffet de petits déjeuners d’hôtels et ça c’est vraiment le bon plan pour se concocter un brunch le week-end à moindres frais ! Autre avantage : l’appli étant disponible dans 8 autres pays européens que la France (Danemark, Norvège, Pays-Bas, Royaume-Uni, Allemagne, Suisse, Belgique et Espagne), chacun peut faire également des économies lorsqu’il voyage !

Attention, on ne sait pas à  l’avance ce qu’on récupérera dans le panier mais si on aime les surprises c’est parfait. Cela permet de rompre avec la routine et de faire des découvertures culinaires !  L’appli rencontre un vrai succès c’est pourquoi il faut s’y prendre tôt dans la journée pour éviter que le panier souhaité ne soit épuisé !

Aller plus loin

Rose Boursier-Wyler, en charge des relations Presse et Publics chez « Too Good to Go », nous détaille le fonctionnement de cette appli et son évolution.

Quelles sont les origines de l’appli ?

Cette application a été développée par Lucie Basch, ingénieure centralienne, qui a commencé sa carrière dans l’industrie agroalimentaire. S’étant rendu compte que le gaspillage était présent tout au long de la chaine de production alimentaire, elle a eu envie de résoudre ce problème. Après avoir quitté son travail, elle a cherché à sauver les invendus des commerçants de son quartier. Elle a commencé à coder « Too Good to go » de son côté. Voyant que la situation évoluait en France avec la loi Garot, Lucie a été incitée à lancer l’application.

Et depuis deux ans la croissance est très forte…

Oui aujourd’hui « Too Good to go » représente 4.000 commerçants partenaires sur l’ensemble du territoire français, 2 millions de téléchargements et environ 500.000 utilisateurs actifs. 2 millions de repas ont été sauvés en deux ans et 1 million en seulement quelques mois, depuis mai 2018. Cela souligne la réelle accélération de notre activité.Il y a de fortes opportunités car les associations se tournent plutôt vers les supermarchés qui proposent de gros volumes. Nous ne sommes donc pas en concurrence avec elles en référençant les petits commerces.

Quel-est votre Business Model ?

On se rémunère sur chaque panier vendu et notre commission s’élève à 25%.  L’utilisateur paie sur l’application et nous réalisons, tous les trois mois, un versement au commerçant, notre commission étant alors déduite de ce versement. Pour le commerçant l’application est donc réellement gratuite.

Quels sont vos prochains défis ?

Nous avons deux défis majeurs. Nous cherchons d’abord à nous ouvrir à d’autres marchés, notamment l’évènementiel. Nous souhaitons également créer une vraie communauté luttant contre le gaspillage-alimentaire. Pour sensibiliser les consommateurs nous menons plusieurs actions. L’objectif est d’établir un livre-blanc avec des propositions très concrètes qui seront transmises au gouvernement d’ici la fin de l’année. Nous avons lancé une première campagne le 10 septembre, qui porte sur les dates de péremption. L’objectif est de sensibiliser les consommateurs sur les différences entre les  dates DLC, “à consommer jusqu’au” et les DDM, “à consommer de préférence avant le”. Les premières s’appliquent sur les produits frais et représentent un risque pour la santé si elles ne sont pas respectées. Les secondes portent sur les produits secs et leur impact sur la santé et faible si elles ne sont pas respectées de façon stricte. Ces deux types de dates sont souvent assimilées,  ce qui occasionne un gaspillage alimentaire de 20% de dans les foyers.